Plus de fruits et légumes

 

Plus de fruits et légumes = moins d’insuffisance cardiaque

Démonstration suédoise

Si de nombreuses études ont démontré l’impact de la consommation des fruits et légumes sur les maladies cardio vasculaires, comme les maladies coronaires et les AVC, peu se sont intéressées à son
effet sur l’insuffisance cardiaque (IC).

Cette dernière pose un problème majeur de santé publique car sa prévalence s’accroit avec le vieillissement de la population.
Elle est associée à de nombreuses comorbidités, comme des anomalies structurelles et fonctionnelles cardiaques, l’élévation de la tension artérielle, le diabète et les cardiopathies ischémiques.
Elle représente une source importante de morbidité et de mortalité et occasionne des coûts de santé importants.
D’où l’importance de mettre en évidence des facteurs de mode de vie modifiable, incluant des approches alimentaires, pour prévenir sa survenue.
Une étude récente vient à partir d’une cohorte de femmes suédoises d’analyser l’association entre la consommation de fruits et légumes et l’incidence de l’insuffisance cardiaque dans une population féminine.

Une vaste cohorte de femmes suédoises suivies pendant 13 ans

En septembre 1997, 34 319 femmes âgées de 49 à 83 ans, issues de la Cohorte de Mammographie Suédoise, ont été recrutées pour compléter un questionnaire de fréquence de consommation alimentaire.
Elles étaient exemptes de cancer et de MCV.
Elles ont été suivies pendant près de 13 années entre 1998 et 2011.
Les femmes de cette cohorte ont complété un questionnaire de fréquence de consommation alimentaire à 96 items. Ce dernier incluait plusieurs variétés de fruits (agrumes, pommes et poires, baies, bananes et d’autres fruits) et 13 items de légumes variés.
La consommation moyenne quotidienne de fruits et légumes à été estimée à partir de ces données.
On a également intégré les données portant sur l’IMC, les niveaux d’activité physique, le tabac, l’alcool, le niveau d’éducation, un éventuel THS de ménopause, la prise de suppléments alimentaires et d’autres
données médicales.

Les femmes ont été suivies quant à la survenue d’une insuffisance cardiaque jusque fin 2011. Sur les 34 000 femmes de la cohorte, 3051 cas d’insuffisance cardiaque ont été identifiés.

Une réduction de 20% du taux d’insuffisance cardiaque

Les femmes qui consommaient le plus de fruits et légumes étaient en moyenne plus jeunes, avaient un niveau d’éducation plus élevé, fumaient moins et utilisaient plus fréquemment des compléments alimentaires.
Celles qui se trouvaient dans le quintile de consommation de fruits et légumes (F&L) le plus élevé (>6.9 /j) présentaient, en comparaison de celles du quintile le plus faible (<2.8 /j), une réduction de 20% du taux d’insuffisance cardiaque.
Cette association n’était plus retrouvée quand on prenait les fruits séparément.
En revanche, elle persistait de façon significative pour la consommation de légumes.
Les auteurs se sont intéressés à certains fruits et légumes spécifiques.
Ils ont notamment observé une réduction de 10% du taux d’IC chez les femmes qui consommaient plus d’une pomme ou d’une poire par jour, par rapport à celles qui n’en consommaient pas.

Pour les baies, les chiffres étaient encore plus marqués, avec une réduction de 29% chez celles qui en consommaient plus d’une portion par jour.
En revanche, aucune association n’était notée pour les agrumes et les bananes.
Quand aux légumes, ceux à feuilles vertes sont nettement sortis du lot avec une réduction de 14% d’IC chez les femmes qui en consommaient plus d’une fois par jour, par rapport à celles qui n’en mangeaient
pas.

Pommes, poires, baies et légumes à feuilles vertes

Dans cette population de femmes d’âge moyen et âgées, suivies pendant plus de 10 ans, les auteurs ont donc mis en évidence une association inverse entre une consommation élevée de F&L et l’incidence de l’insuffisance cardiaque.
Les taux les plus bas étaient notés chez les femmes consommant plus de 5 fruits et légumes par jour qui sont la recommandation officielle.
Divers composants des F&L peuvent être à l’origine de cette protection: vitamines, minéraux fibres composés aux propriétés antioxydantes et anti inflammatoires.
Les mêmes auteurs avaient précédemment démontré (2013) que la capacité antioxydante totale de l’alimentation était associée à une réduction de 42% du risque d’hospita-
lisation pour IC chez les femmes de cette même cohorte suédoise.
Les pommes, les poires et les baies, fréquemment consommées en suède, contiennent une grande variété de micronutriments qui pourraient prévenir le développement d’une insuffisance cardiaque.
En particulier, les baies sont particulièrement riches en composés phénoliques de la famille des anthocyanes qui ont démontré de nombreux bénéfices pours la santé.

Des résultats confortant les recommandations actuelles

Cette étude est intéressante. C’est une étude prospective de suivi de population portant sur un grand nombre de femmes.
Bien sur, l’insuffisance cardiaque peut avoir de multiples origines et la consommation de F&L n’est certainement pas le seul facteur en cause.
De plus, on ne peut pas généraliser ces données, issues d’une cohorte féminine spécifique, à l’ensemble de la population.
Cependant, on pourrait raisonnablement s’attendre à retrouver des associations similaires chez les hommes et dans divers ethnies.
En tout cas, ces résultats confortent la recommandation communément admise de consommer 5 Fruits et légumes par jour pour préserver sa bonne santé.

Dr Thierry GIBAULT
Nutritionniste, Endocrinologue - Paris
Article Equationutrition
N°153 - Mai 2015
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