Je mange des plantes sauvages et vous?

 

L’idée peut de prime abord paraître étrange. Je vous l’accorde. C’est pourtant une idée aussi vieille que l’humanité car, de tout temps, l’homme s’est nourri de ce qui l’entoure, et la cueillette des plantes - qui étaient alors toutes sauvages - restait nettement moins dangereuse que la capture d’un grand ours des cavernes ou d’un perfide tigre à dents de sabre.


L’agriculture, une “jeunette” qui n’a que douze mille ans au compteur, est un phénomène très récent en comparaison de la cueillette, vieille dame de plusieurs millions d’années.

L’homme s’est de tout temps nourri de ces plantes sauvages remarquables par leurs propriétés nutritives et médicinales.

Elles sont également riches de saveurs variées, aujourd’hui sublimées par des chefs talentueux tels que Marc Veyrat ou Michel Bras.

Les trois plantes présentées ci-après sont largement répandues en France.

Elles prospèrent dès le mois de mars et il suffit d’une petite balade dans la nature pour les croiser et composer une belle salade.

Elles ne présentent aucun risque de confusion, leurs proches cousines étant également comestibles, quoique quelquefois moins goûteuses.

Lors d’une cueillette de plantes sauvages, les bonnes pratiques consistent à ne prélever que ce dont on a besoin, à ne pas arracher les pieds, à éviter celles prospérant en bordure de route ou aux abords de champs traités.

Enfin, ces plantes étant plus concentrées en produits actifs que nos légumes habituels, nos estomacs “de supermarché” n’y sont plus tout à fait habitués : n’en faites donc pas immédiatement de plantureux repas !

Dernière recommandation, transportez vos récoltes dans un sac en toile ou en papier, de préférence au plastique, et consommez-les rapidement après les avoir soigneusement lavées.


La Pulmonaire officinale

Pulmonaria officinalis

La pulmonaire est une plante vivace, dressée, de 15 à 50 cm, formant de petites colonies en sous-bois ou dans les haies fraîches.

Sa floraison dès le mois de mars est très précoce.

En vous approchant d’elle, pour faire connaissance avant de la cueillir, vous découvrirez qu’elle est entièrement couverte de petits poils soyeux.

Mais ce sont ses fleurs, réunies en bouquet au sommet d’une tige unique, qui marquent généralement les esprits.

Sur le même pied sont réunies des fleurs rouge, pourpre et bleu violacé.

En réalité, chaque fleur passe par toutes ces couleurs au fur et à mesure de sa maturité, la floraison progressive créant cette belle palette de nuances.

La pulmonaire doit son nom aux feuilles des variétés Officinalis et Longifolia.

Celles-ci sont tachetées de blanc. Or, à l’époque de Paracelse - un médecin suisse du début du XVIe siècle - s’imposait la théorie de la correspondance entre le monde extérieur et les différentes parties de l’organisme humain : la fameuse théorie des signatures.

Donc, comme les feuilles de la pulmonaire faisaient penser à des poumons, elles devaient pouvoir traiter les maladies des voies respiratoires…*

L’adjectif “officinale” signifie quant à lui que la plante a longtemps été une herbe officielle des apothicaireries, nos anciennes pharmacies.

Les feuilles sont savoureuses crues en salade. Leur goût est proche de la Consoude, autre plante comestible de la même famille des Borraginacées.

Quant aux fleurs, elles décoreront joliment les salades.

Cueillez sans crainte, toutes les variétés de pulmonaires possèdent les mêmes propriétés et sont comestibles de la même manière.


Les violettes

La violette est une autre petite plante vivace, de 5 à 15 cm, moins velue que la pulmonaire, mais tout aussi facile à reconnaître grâce à ses feuilles largement ovales, en coeur à la base, et ses jolies fleurs colorées à cinq pétales caractéristiques.

Elle aussi fleurit dès le mois de mars et colore nos premières balades printanières.

Les fleurs de la variété la plus courante sont d’un magnifique violet foncé et très odorantes (Viola odorata).

Mais entre les différentes violettes et leurs cousines les pensées, les corolles peuvent s’habiller, selon leurs humeurs, de mauve, rose, blanc ou même de jaune.

Les violettes forment des colonies assez importantes, dans les pelouses, sur les talus herbeux et dans les sous-bois.

Toutes les espèces de violettes sauvages sont comestibles, y compris les pensées.

Les larges feuilles en coeur sont excellentes crues ou cuites.

On peut également consommer les fleurs que l’on ajoutera aux salades ou aux desserts.


Le Nombril de Vénus

Umbilicus rupestris

Le Nombril de Vénus fait partie de la famille des Crassulacées, une grande famille de plantes charnues, “succulentes” pour être précis.

La Joubarbe des toits et les sédums qui la côtoient en font partie, toutes sont comestibles.

L’épithète rupestris vient de rupes, rocher en latin, car cette belle plante pousse souvent sur les vieux murs, dans les fissures de rochers ombragés.

Son nom vernaculaire, comme le nom scientifique umbilicus, évoque la forme ronde et creuse - peltée - de la feuille, qui possède une dépression en forme de nombril en son centre.

Les fleurs, qui apparaissent de mai à août, sont en forme de clochettes vert pâle et sont disposées en longs épis.

Bien que comestibles, elles sont amères, et notre attention se portera donc sur les feuilles qui poussent plusieurs fois par an, souvent au printemps et en automne.

Elles sont à la fois tendres et croquantes, légèrement acidulées, vraiment excellentes à manger crues.

Riches en vitamine C, en sels minéraux et en mucilage, on les croque en salade, entières ou coupées en lamelles.

On peut également, à l’image des nénuphars, les poser sur une soupe ou un bouillon.

Les anciens les préparaient également dans du vinaigre comme les cornichons.

J’aurais pu évoquer également la Mâche, les jeunes feuilles du Houblon ou du Fraisier des bois, toutes trois précoces au printemps, mais je vous invite à poursuivre cette lecture par les nombreux et excellents ouvrages sur le sujet, dont ceux de François Couplancélèbre ethnobotaniste qui organise depuis de nombreuses années des stages pour découvrir, cuisiner et déguster ces petites merveilles qui régalent les sens de ces curieux humanidés qui se prêtent au jeu de leur redécouverte.


François CORDIER

* L’analyse de la composition de la pulmonaire a

néanmoins montré depuis que celle-ci a des propriétés

expectorantes… l’honneur de Paracelce est sauf !


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