La sécurité des aliments déterminée par des données et des experts liés à l'industrie ?

 La sécurité des aliments déterminée par des données et des experts liés à l’industrie ?

L’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) est lourdement critiquée

dans un nouveau rapport publié aujourd’hui par Corporate Europe Observatory (CEO) et Earth Open Source (EOS), qui montre que cette administration se base sur des données et des experts en provenance de l’industrie pour évaluer la sécurité des aliments, soulevant de sérieux doutes quant à l’indépendance de ses recommandations. [1]

Le Réseau Environnement Santé (RES) et Générations Futures (GF), deux ONG françaises spécialisées dans les questions de santé envi- ronnementale touchant notamment à la sécurité des produits chimiques, se sont senties pleinement concer- nées par cette problématique essentielle du manque d’indépen- dance de l’expertise de l’EFSA. C’est pourquoi elles ont collaboré avec CEO et EOS pour traduire leur rapport en français et le diffuser en France aujourd’hui.

Le rapport paraît alors que l’EFSA, qui célèbre son 10ème anniversaire cette année, fait l’objet d’enquêtes de la part de la Cour des Comptes Européenne et d’eurodéputés, ainsi que d’une évaluation officielle de la Commission Européenne.

Nina Holland, de Corporate Europe Observatory, explique :

« Notre enquête montre que les intérêts industriels ont pénétré au cœur même de l’EFSA. La fréquence des conflits d’intérêts au sein du conseil d’administration et des panels d’experts, ainsi que le fait de se baser largement sur des études de l’industrie, sapent la capacité de l’EFSA à agir conformément à l’intérêt public en matière de sécurité alimentaire. Le fonctionnement de l’EFSA doit être complètement révisé ».

Des personnalités liées à l’industrie siègent dans nombre de comités scientifiques de l’EFSA. Selon le rapport, ceci donne lieu, et de manière fondamentale, à des conflits d’intérêts dans la façon dont l’autorité européenne évalue les données. En particulier, il est montré que des experts de l’EFSA ont des liens avec le lobby industriel ILSI (Institut International des Sciences de la Vie), financé par les principales entreprises de biotechnologie et de l’agroalimentaire.

Le rapport révèle comment des membres des panels de l’EFSA, notamment celui sur les emballages alimentaires, ont omis d’inclure leurs liens avec l’ILSI dans leurs déclarations d’intérêts, en violation des règles existantes de l’EFSA en la matière. L’EFSA a déjà négligé d’intervenir en de tels cas par le passé.

Les recommandations de l’EFSA ont été critiquées en de nombreuses occasions. Des produits tels que l’Aspartame (un édulcorant), le Glyphosate (un herbicide) et le composé chimique Bisphénol A, utilisé dans les plastiques, auraient été approuvés en dépit des réserves soulevées par des études scientifiques indépendantes.

Les méthodes par lesquelles l’EFSA a approuvé la pomme de terre génétiquement modifiée Amflora ont également fait l’objet de critiques.

Le rapport en appelle à des critères plus stricts pour la sélection des experts, de façon à bannir les conflits d’intérêts avec l’industrie parmi ceux-ci, ainsi qu’à revoir de façon urgente la législation européenne encadrant le fonctionnement de l’EFSA, y compris l’utilisation des données de l’industrie pour les évaluations de risques. En effet, il est fréquent que des scientifiques indépendants ne puissent même pas remettre en cause les tests de l’industrie parce que le matériel de ceux-ci est considéré par cette dernière comme une information couverte par le secret commercial.

Claire Robinson, d’Earth Open Source, ajoute : « Le fait pour l’EFSA de se baser sur les données de l’industrie et d’écarter des recherches indépendantes pourrait mettre la santé publique en danger. Cette année, l’EFSA a accédé à une demande de Monsanto en relevant la limite acceptable pour les résidus de glyphosate sur les lentilles par un facteur 100-150. C’est se placer 6 fois au-dessus de la dose quotidienne pour une exposition sans risques telle que déterminée par des études indépendantes que l’EFSA a écartées. »

La Commission Européenne est censée revoir le règlement fondateur de l’EFSA en 2012, et la Cour des Comptes Européenne doit publier prochainement son rapport sur les conflits d’intérêt

à l’EFSA ainsi que pour d’autres agences de l’UE.

[1].[1] Conflits indigestes – une decennie d’influence industrielle à l’EFSA, Corporate Europe Observatory and Earth Open Source traduit par RES et Générations futures, Février 2012. http://reseau-environnement-sante.fr/wp- content/uploads/2012/02/conflits_indigestes.pdf



Contacts coordination : - Nina Holland, CEO

- François Veillerette - porte-parole de Générations Futures - Yannick Vicaire - chargé de campagne Réseau

Environnement Santé Plus d’infos : Réseau Environnement Santé 148, rue Faubourg Saint-Denis 75010 Paris

http://www.reseau-environnement-sante.fr



Conseil d’état (13/02/2012) : le rapporteur public demande le réexamen du roundup express de Monsanto, produit vendu aux jardiniers amateurs. Suite à l’action de Générations Futures, association de défense de l’environnement et de la santé publique, et Jacques Maret, agriculteur biologique, le Rapporteur Public du Conseil d’Etat demande qu’il soit enjoint au Ministre de l’Agriculture d’examiner de nouveau la toxicité du Roundup Express en raison de la présence d’acide pélargonique, substance active omise par

MONSANTO lors de la demande de mise sur le marché.

Rappel des faits

Générations Futures et Jacques Maret ont demandé au Ministre de l’Agriculture l’abrogation de l’autorisation de mise sur le marché de trois formulations de désherbant Round Up® de MONSANTO, les RoundUp® Express, Extra 360 et GT Plus, en raison de la présence de substances dans leurs compositions qui n’ont pas été évaluées en tant que “substances actives”, ce qui fausse l’évaluation de la toxicité de ces formulations.

Cette demande d’abrogation a été refusée par le Ministre, décision qui a été attaquée devant le Conseil d’Etat. Les requérants se sont fondés principalement sur le fait que des substances présentes dans ces formulations de RoundUp® présentant les caractéristiques d’une substance active, n’avaient pas été considérées comme telles au sens de la législation européenne, et donc n’avaient pas été évaluées dans l’évaluation de la toxicité de ces RoundUp®.

Contacts : Génération Futures : 06 81 64 65 58 www.generations-futures.fr Jacques Maret : 06 08 83 23 51 www.jacquesmaret.net




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